Comment financer l’action sociale dans un monde en mutation ?

Comment financer l’action sociale dans un monde en mutation ?

Rencontre avec l’Agence du Don en Nature

Dans un contexte économique et écologique en constante évolution, comment concilier action sociale, sobriété et gestion des invendus ? Ce dilemme occupe une place centrale pour de nombreuses associations de solidarité qui, chaque jour, se battent pour aider les plus précaires. Pour comprendre comment elles surmontent cet enjeu, nous sommes partis dans les coulisses de l’Agence du Don en Nature (ADN), partenaire clé de Weturn, à la rencontre d’Emeric Froidefond, Responsable des partenariats.

Lutter contre la précarité et le gaspillage : l’engagement de l’Agence du Don en Nature

Le contexte de précarité s’aggrave, avec de plus en plus de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. En France, plus de 10 millions de personnes se trouvent dans une situation de fragilité économique et sociale. Pourtant, dans le même temps, les budgets publics se réduisent et les entreprises n’accordent plus autant d’importance au don qu’auparavant.

En parallèle, les modèles économiques se transforment, poussés par les enjeux écologiques : la production devient plus maîtrisée, limitant ainsi les surplus et invendus.

Mais alors, comment continuer à aider ceux qui en ont besoin, tout en prenant en compte les enjeux de sobriété ? Dans ce podcast, nous avons essayé de comprendre ce questionnement, au cœur des actions de l’Agence du Don en Nature.

À propos : L’Agence du Don en Nature est une association loi 1901 reconnue d’intérêt général, créée en 2008. Son objectif est de répondre à une double problématique : le gaspillage non alimentaire, avec plus de 630 millions d’euros de valeur marchande de produits jetés chaque année en France, et une précarité croissante, avec près de 10 millions de personnes dans une situation de fragilité économique et sociale.

L’ADN s’adresse aux entreprises, producteurs et distributeurs, en leur proposant de récupérer leurs surstocks, invendus ou dotations en produits et objets neufs non alimentaires. Ces produits seront ensuite mis à disposition sur un catalogue de e.dons, pour un réseau de 1500 associations de solidarité partout en France.

Redonner de la dignité par le neuf : comment aborder la seconde main dans le don ?

Lors de sa création, l’Agence du Don en Nature a fait le choix de privilégier les produits neufs non alimentaires, afin de redonner de la dignité aux personnes en situation de précarité. L’objectif était simple : offrir aux bénéficiaires un accès à des produits neufs, sans qu’il y ait de distinction avec une autre personne, afin d’éviter, entre autres, toute forme de stigmatisation.

Pourtant, Emeric nous rapporte un constat alarmant : la qualité des produits donnés tend à diminuer. Face à une situation économique difficile, les entreprises cherchent à écouler leurs stocks en soldant au maximum leurs produits pour générer des revenus, laissant souvent le don au bas de la liste de leurs priorités.

©Christophe Bertolin/

“Ne voyez pas l’action sociale comme juste une aide sociale, c’est aussi une aide économique à votre propre activité”

La société d’aujourd’hui traverse des périodes particulièrement difficiles : la crise sanitaire liée au Covid, la guerre en Ukraine, l’inflation… Tous ces événements ont précarisé un nombre croissant de personnes.

“Aujourd’hui, le système des associations sert de filet de sécurité à un nombre croissant de personnes. Des personnes qui, si elles tombent en précarité, ne vont pas participer à l’économie. Aider les personnes en précarité, c’est aussi aider la société dans son ensemble à être plus performante économiquement parlant. Donc je dis aux entreprises : ne voyez pas l’action sociale comme juste une aide sociale, c’est aussi une aide économique à votre propre activité.” soutient Emeric Froidefond.

L’impact de la loi AGEC sur les volumes absorbés par le don

Les réglementations françaises et européennes jouent aujourd’hui un rôle majeur dans l’évolution des pratiques de don. En France, la loi AGEC adoptée en 2020, interdit la destruction des invendus non alimentaires et impose une hiérarchie stricte pour leur traitement : le don en priorité, suivi du réemploi, puis du recyclage.

De par cette initiative, de nombreux produits, notamment textiles, qui étaient autrefois jetés ou détruits, retrouvent désormais une vie au bénéfice d’associations.

Dans notre échange avec Emeric Froidefond, nous avons voulu savoir si cette loi avait concrètement impacté les volumes collectés par l’ADN. Ce dernier nous a confié que la loi avait eu un effet immédiat sur les grands groupes, qui avaient pu anticiper et adapter leur stratégie, notamment grâce à leurs départements RSE et juridique. Cette réglementation a ainsi conduit à une augmentation significative des volumes collectés, qui ont presque doublé en 2021.

Toutefois, Emeric, remarque aussi une disparité entre les grands groupes et les PME, qui sont très souvent moins informées sur le sujet. Quant aux grandes entreprises conscientes de la loi, elles revoient désormais leurs modèles de production, laissant moins de place au surplus, et donc aux quantités disponibles pour les associations.

Le véritable enjeu réside ainsi dans la création de partenariats durables avec les industriels, afin d’obtenir des engagements forts sur la régularité des volumes réservés au don.

L’initiative de l’entrepôt-école : concilier action logistique et insertion professionnelle

©Christophe Bertolin/

L’Agence du Don en Nature (ADN) a lancé en 2019 un projet innovant : l’entrepôt-école. Cette initiative vise à allier action logistique et action sociale en permettant à des personnes éloignées de l’emploi de se former aux métiers de la logistique.

L’entrepôt, équipé de matériel, sert de plateforme où les dons des entreprises sont réceptionnés, triés et redistribués. Cet espace est mis à disposition de centres de formation en logistique, créant ainsi un lieu de pratique pour les bénéficiaires. Chaque année, l’entrepôt-école forme 150 personnes aux métiers de la logistique, tout en soutenant l’activité de l’ADN et les flux de produits collectés.

Le partenariat entre Weturn et l’ADN

Depuis plusieurs années, Weturn joue un rôle clé en collectant des stocks de produits invendus, des stocks dormants, ainsi que des chutes textiles auprès de clients industriels et metteurs en marché. Dans un premier temps, nous nous chargeons d’acheminer ces produits et gisements vers les filières de valorisation adaptées (réutilisation par le don; réemploi par l’upcycling ou la revente; ou recyclage en boucle fermée ou ouverte).

Parmi nos partenaires du don, l’Agence du Don en Nature est un acteur essentiel, permettant aux produits que nous collectons d’être redistribués à des personnes dans le besoin.

Aujourd’hui, le partenariat entre Weturn et l’ADN a permis de valoriser 3215 produits par la filière.