Weturn s’ouvre au recyclage post-consommation
L’industrie textile fait face à un défi majeur. Environ 12,6 millions de tonnes de déchets textiles sont produits en Europe chaque année, l’habillement et la chaussure génèrant 5,2 millions de tonnes de déchets à eux seuls, soit 12 kg par personne. Pourtant actuellement, seuls 22 % de ces textiles sont collectés pour être réemployés ou recyclés. Le reste finit en décharge ou incinéré. (Commission Européenne)
Nouvelles réglementations européennes pour réduire les déchets textiles
Face à l’ampleur des déchets textiles en Europe, les institutions européennes ont franchi un cap.
Le mardi 18 février 2025 au soir, le Parlement et le Conseil sont parvenus à un accord provisoire sur de nouvelles mesures visant à prévenir et réduire les déchets textiles au sein de l’UE. Cet accord provisoire établit des règles harmonisées concernant la REP pour les producteurs de textiles et les marques de mode, les obligeant à financer la collecte, et le traitement des déchets textiles qu’ils produisent.

Cette réforme vise également à garantir des conditions de concurrence équitable pour toutes les entreprises, y compris les plus petites, en leur offrant un cadre et un accès aux infrastructures nécessaires pour procéder à un traitement approprié des déchets textiles.
Avec cette évolution légale, l’industrie textile européenne s’oriente vers une gestion plus responsable et structurée de ses déchets et pose les bases d’un modèle où tous les acteurs du marché devront contribuer à une économie plus circulaire.
Notre engagement pour le recyclage des textiles post-consommation
Depuis 4 ans, Weturn se positionne comme pionnier dans la circularité textile, de par la création d’une filière de recyclage complète pour des textiles pré-consommation, intégrant la collecte, le tri, la transformation et la valorisation des matières, auprès des metteurs en marché et fabricants.
En fin d’année dernière, nous avons décidé d’aller plus loin. Après avoir développé une filière de valorisation aboutie ; après avoir construit une méthode de tri spécifique pour les marques et industriels ; et après avoir, pendant 4 ans, recyclé des tonnes de textiles pré-consommation, issus de l’industrie (produits finis défectueux, rouleaux logotés et chutes de production); nous nous ouvrons au recyclage des textiles post-consommation.
Un défi de taille. Plus hétérogènes, dégradés, difficiles à trier, et sans traçabilité, ces textiles posent un véritable challenge. Pourtant, leur recyclage est une étape essentielle pour construire une industrie textile totalement circulaire.
Un premier pilote avec GEBETEX et le CETI
En décembre 2024, nous avons collaboré avec GEBETEX, un centre de tri textile historique basé à Vernon en Normandie, qui participe à la collecte des textiles usagés et, par son statut de grossiste, alimente les friperies. Le but de ce rapprochement était de leur partager notre cahier des charges de tri des textiles post-consommation venant de collectivités et consommateurs.
Pour nos tests, nous avions défini un cahier des charges précis : une balle composée majoritairement de textiles blancs en coton. Un sur-tri physique a ensuite été effectué à l’aide d’une machine portative d’identification infrarouge, qui a permis de détecter et d’écarter efficacement les matières indésirables.



Nous nous sommes ensuite dirigé vers le CETI, le centre de recherche et d’innovation dédié aux textiles durables, où nous avons lancé les premiers tests de recyclage mécanique. Pour ces essais, nous avons travaillé avec deux types de gisements : d’une part, les textiles post-consommation collectés auprès de GEBETEX, et d’autre part, les textiles pré-consommation issus de notre propre chaîne de production.
Développer une matière issue de post conso qualitative : défi relevé
Nous avions deux objectifs lors de ces tests :
- Vérifier la qualité des textiles usagés collectés
- Tester la faisabilité d’un mélange avec des matières recyclées provenant de gisements pré-consommation, afin de garantir un fil qualitatif et performant
Ce premier essai nous a permis de comprendre le fonctionnement et les paramétrages des machines, mais aussi de trouver la composition nous permettant de garantir une qualité optimale à la matière : 25% de coton pré-consommation, 25% de coton post-consommation et 50% de coton vierge biologique.
Les résultats et la qualité sont nettement satisfaisants et répondent aux attentes techniques du marché. Le tricot développé est désormais accessible dans notre tissuthèque.
2025 : une année d’expérimentations et de consolidation
Après un premier test concluant, nous poursuivons en 2025 notre feuille de route R&D avec trois nouveaux tests majeurs et d’autres à venir.
En juin 2025, un deuxième test a été mené sur une composition 40 % coton post-consommation blanc / 60 % coton vierge biologique. Les premiers résultats sont très positifs : la qualité du fil (régularité, RKM) dépasse nos exigences et se révèle équivalente au test n°1. Un test de teinture est également en cours, avec des résultats attendus mi-juillet.
Un troisième test est prévu fin août, avec un mélange 25 % coton denim post-consommation, 25 % coton denim pré-consommation et 50 % coton vierge bio. Ce test marque une étape d’innovation : il intègre, pour la première fois, un gisement de denim contenant de l’élasthanne. Une typologie de matière qui, à ce jour, offre très peu de débouchés.
Une autre expérimentation avec le CETI aura lieu à la rentrée de septembre, avec pour objectifs :
- de varier les gisements collectés (typologie, couleur, état),
- de tester de nouvelles compositions et teintes,
- et de définir une méthode de tri robuste et reproductible pour élargir notre gamme de matières recyclées post-consommation.
Ces avancées seront mises en lumière lors de l’événement des 5 ans de Weturn, à travers un espace R&D dédié aux matières post-conso : résultats, matières et produits finis y seront exposés pour illustrer l’ensemble de la chaîne de valeur.
Nous notons d’ores et déjà un intérêt croissant de la part de certaines marques pour ce type de matière. Un appel à projet en partenariat avec Emmaüs est en cours, incluant une demande de financement pour structurer une filière dédiée.
Les résultats qualité sur les lots de coton blanc post-conso sont bons, et comparables aux textiles pré-consommation, balayant certains préjugés encore persistants. De plus, nos mélanges coton vierge + post, ou vierge + post + pré, ont démontré des performances homogènes et fiables.
Des défis subsistent : teinture, tri des couleurs, traçabilité, respect du cahier des charges, délissage automatique et déclaration de composition. Mais chaque test nous rapproche d’un objectif clair : proposer une matière post-consommation qualitative, traçable et adaptée aux exigences du marché textile.
Avec un objectif clair : l’industrialisation du modèle.